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 "Explosive acide" (Lise Favard)

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Lise
Clavardeur débutant
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Nombre de messages : 15
Date d'inscription : 17/02/2007

MessageSujet: "Explosive acide" (Lise Favard)   Dim 29 Avr - 13:40

Je suis à l'hôpital mais plus d'issue : cours encore et crève. Le virus cannibale fait percée du tissu. Chair en guenille et profond sous la carne, il y a que le cancer fait tout tomber. Le cercueil sous la trappe, radical dedans la bombe.
Un jour le médecin apporte quelque chose en ténèbres qu’il me tend et me dit : « C’est vous ». Quand j'ai vu la photographie du corps en charpie, je me suis noyé dans ces escarres ployées sur la peau. Cascades et quignons, les artères en bouquet. Alors m'a pris le vice mortifère de me voir moi encroûté corps en croix. La tête qui goûte les viscères en douce. J’arpente ces planisphères, orchestre le corps. La pupille convoquée sur la surface glacée. Rien plus ne me plaît : me perdre les yeux dans ces sinuosités, le désir à foison pour ces plaies. Et le virus creuse à la carène du cœur croquignole. Les veines parcourent mes aplats de chair, autant d'arborescences en passe de suffocation. Et Dieu comme j’aime étouffer dans ces espaces de carne cernés de crevaisons ! j'ai l’impression d'être au paysage du corps en fabrique. Et je sais la mort. Je sais qu’au bout il y a le gouffre désireux de dévorer ma dépouille en délabres. Qu’importe à moi puisque je veux exploser le ciboulot de mes tumeurs à l’envers, pour une extase excoriée d’expectations tous azimut. La barbaque c'est du brasier, rien qu'un pétard chez la fournaise. Créer la flamboyance dans le foyer du corps en furie pour foutre un peu l’âpreté avant le noir. Célébration de ma mort, le carnaval c’est au corps, les organes déguisés en pirates et le crochet bien ancré dessous les croûtes, ça opère. On peut rien pour moi, pas la peine de s’échiner sur ma carcasse, c’est hors de contrôle, le virus se vrille tout seul, moi le bouchon, lui la queue de cochon qui me zigotte en brochettes. Dévoration complète, il ronge, grogne, grignote mes organes les poupées gigognes, j’ai plus qu’à laisser place à la tumeur sur ma chair en cerise griotte.

D’obsession en fascination, narcisse souffreteux amateur de saccage, je vais jusqu’à m’outrager. Il y a sous mon regard, une image rouge comme une bouche de femme qui me ravit jusqu’à l’orgasme et le désir de possession. Simplement je vois ce sang dessous la veine, valvule, un serpent éructe son venin convalescent. La vascularité en train de s’insinuer dans ma peau en pagaille, plate et plaquée… m’aspirant…apaisante…au point que sirupeuse et si appétissante…oh ! tant et tellement que…je la croque ! Je commence par apposer ma langue sur l’aplat du papier qui m’appâte, l’aspect laqué dessus, un tantinet collant, fond au contact de la salive en glu. Et tout cela me donne soif !. Je lèche plus lestement et le goût comme chimique… acide…et salé je dirais, fiche soudain à mes papilles l’envie de s’obstiner ! Je repique dans l’excès à bénir ma viande en bavant sur le plastoc : ma peau en badigeon, photo-onction extrême. Bientôt j’en peux plus j’arrache tout d’un coup de dent aigu et le papier se mutile tout rutilant sous la lave de la langue qui lapide. J’assiège le photomaton de l’organe, l’émail attente profond. Sacrilège alors j’avale. Les bouts dans la gorge, le papier déchiqueté, l’épiderme dépiauté, dans un ouragan goulu j’engonce tout dans le bec. Et Dieu que c’est bon ! La canine furax je mords salement la gueule en sécateur. Bientôt je ne mange plus, je succombe à la saveur du corps paperasse, l’ivresse asperge le palais, le soleil qui tombe. Je crois…je crois bien que les organes quittent le papier et s’apposent aux muqueuses de mon museau dans une apothéose, la peau totalement absinthe. Je m’empiffre de cet or en fusion du corps pourri. Je mâche, je mastique en trombe et bientôt… je veux aboyer. Je jette un barrissement tel un obscène et j’exulte excessivement dans une extase exponentielle…oh !… j’hurle à me rendre les dents hirsutes, à tambouriner du xylophone la glotte avec, à tout faire péter sec. Au ciel c'est symphonie siphonnée qui sidère l'infini. Je me sens défaillir, des paillettes pépient, pianotent, apprivoisent les voies lactées…se perdent…s’éteignent, j’expire.
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