Theleme


 
AccueilAccueil  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 la vie rêvée d'un ange (vianney Drouin)

Aller en bas 
AuteurMessage
vianney
Clavardeur débutant
Clavardeur débutant
avatar

Nombre de messages : 13
Age : 31
Localisation : Paris
Date d'inscription : 24/02/2007

MessageSujet: la vie rêvée d'un ange (vianney Drouin)   Ven 1 Juin - 19:05

Un balai passe devant le mur. Il dégouline de colle blanchâtre, étalant ce liquide visqueux sur le mur humide. Maintenant s’étend une affiche sur le béton grisâtre.

La femme regarde cela d’un mauvais œil. Voilà cinquante ans qu’elle parvient à le garder, lui, son homme de papier. Elle a peur de le perdre ; sans lui elle n’est rien, juste une éphémère célébrité cristalline sous sa cloche de verre. Le colleur a fini ; il reprend son balai asséché et part. Sur le mur d’en face s’étend maintenant la déesse blonde, Marylin. La femme, elle, ne peut imaginer pire. Marylin, cette actrice aimée, maîtresse de tous les hommes, égérie de l’infidélité, s’offre à tous les regards. Comment lutter face à ça ? Il partira, c’est certain.

Sur la cloison, de l’autre côté, Marylin vient d’ouvrir ses yeux de chiffon. La colle la démange un peu, s’agglutinant sur son maquillage bariolé. L’égérie contemple les alentours ; une foule évanescente se presse sous la pluie, gardienne d’une morosité cendreuse. Son regard se porte sur la façade en face. Des reflets jaunâtres traversent une vitrine attirant son iris bleuté. Sous le verre se dessine cette photo que Marylin aime tant. Ce baiser parisien fixé pour toujours. Dans la rue ou sur la photo, les badauds passent leur chemin, ignorant superbement les deux amants de ville, jouant pour un public invisible, unique représentation d’une scène éternelle. Au travers de cette foule, la superbe Marylin croit apercevoir l’homme dardant ses yeux sur son teint rosi…jusqu’à rougir.

Il l’a regardée, lui, son homme, la femme l’a vu. Cela devait bien finir par arriver. Elle entoure la tête de son infidèle entre ses mains, lui intimant de reprendre leur position initiale. Il garde toujours ses yeux ouverts, contemplant l’actrice. L’autre, sa partenaire de papier, le rejette violemment, lui tournant le dos. Pour ce qu’il en a à faire ; ils sont coincés ici à perpétuité, elle finira bien par revenir. La femme se retrouve seule, à cause de cette traînée, se dit-elle, non contente d’avoir inspiré l’adultère à tant d’hommes, il faut qu’elle sépare les amants mythiques. Une larme perle de l’œil terne de la femme en noir et blanc.

Marylin continue de soutenir sa vue lancinante. Elle veut sortir de sa prison de papier et rejoindre l’homme en face. Ils continuent leur jeu pervers. L’idole rayonne à nouveau ; un filet de lumière illumine son visage déjà enlacé par le vent. Sous ces caresses aériennes, l’actrice se gondole nonchalamment, excitant celui de l’autre côté. Elle recouvre une seconde célébrité dans les yeux ténébreux de cet homme. Le regardant, elle se mord la lèvre inférieure de désir, sentant un frisson lui parcourir l’échine tandis que le sang afflux en masse le long de ses joues écarlates. Ses yeux pétillent d’ardeur érotique. Sa frustration ne fait qu’augmenter. Elle tente de s’arracher de la paroi collante.

En face, ils se disputent. Il en a marre, il ne veut plus la voir ; cela fait cinquante ans qu’ils s’embrassent. Elle a toujours le même goût ; inlassablement la même chose. Il veut rompre la monotonie. L’incendiaire Marylin augmente son excitation. De pénétrants, ses regards deviennent lubriques ; les lèvres de l’égérie, rosies de concupiscence, sont de plus en plus lascives. Une sève vermeille lui monte aux joues, colorant de pourpre son visage noir et blanc. Il veut rejoindre la séditieuse Marylin.

L’affiche commence à se détacher. Annihilée par sa libido, l’incendiaire ne sent pas la douleur en tirant sur son pied. La colle résiste, la retenant au béton gluant. Elle lutte, souffle, elle est haletante. Dans un sursaut, elle arrache ce membre qui se déchire en lambeaux humides. Ce n’est pas grave, elle a les jambes libres. Marylin s’apprête, dans un élan érotique, à fondre sur son homme lorsque, le balai sorti de nulle part, se dresse droit devant elle. Il bave de colle blafarde, s’étalant impudiquement sur elle. C’est visqueux et froid. Marylin sait ce que cela veut dire. La main accrochée au balai appose un papier sur elle.
C’est la seconde mort de Marylin.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
la vie rêvée d'un ange (vianney Drouin)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Theleme :: Ecrits 2007-
Sauter vers: